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Publié le 18-07-2012

Monique MANOHA

Monique MANOHA, Responsable au Pôle Bijou à BACCARAT

Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ?
Une première carrière dans le travail social et l’éducation populaire m’a occupée pendant une grosse douzaine d’années… et puis j’ai voulu revenir à mes passions (les arts plastiques et plus généralement la culture) j’ai donc suivi les cours d’une école "Art plastique option Bijou contemporain"  à Nîmes, les Ateliers de Fontblanche en me faisant tirer l’oreille car je n’avais pas du tout envie de faire du bijou… ça ne me paraissait pas du tout digne d’intérêt… je n’aimais que le Land Art et les installations… Et puis j’ai eu le coup de foudre. En sortant j’ai créé les Biennale du Bijou Contemporain de Nîmes, la structure le Porte Objet avec laquelle j’ai créé diverses actions (expositions, conférences…) et le groupe de recherche GERCO (Groupe d’Etudes et de Recherche Corps et Objet) qui rassemblait des universitaires décidés à se lancer dans l’étude du bijou et de ses formes et fonctions…

En décembre 2005, après la 4ème édition de la Biennale j’ai souhaité quitter Nîmes et le Sud, et je suis venue en Lorraine… une région qui m’attirait ! Choix que je ne regrette pas malgré un soleil moins généreux qu’à Nîmes… j’y ai trouvé un bel accueil humain. Et là, en plus, j’ai rencontré le Pôle Bijou et la Communauté de Communes des Vallées du Cristal


Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Pôle Bijou ?
C’est un service de la Communauté de Communes des Vallées du Cristal, qui a pour objectif d’améliorer l’attractivité du territoire et d’en favoriser le redéveloppement économique. Pour ce faire, il se développe autour de 4 axes :

  - La Galerie qui propose tout au long de l’année des expositions temporaires pour faire découvrir au grand public une multitude de créateurs de bijou contemporain. Elle est doublée par une boutique qui fonctionne en permanence et en accès libre et distribue : des bijoux de créateurs, de la librairie spécialisée, des objets décoratifs… Le tout installé dans un bâtiment situé dans un cadre privilégié (en bord de Meurthe) et qui à lui seul représente tout un patrimoine industriel précieux puisqu’il s’agit de l’ancienne crèche de la Manufacture Baccarat qui fut fondée en 1865 et dotée de ce local en 1895… des précurseurs !

  - La Taillerie qui doit son nom à son ancienne fonction (bâtiment datant de la seconde moitié du 19ème) celle d’une Taillerie de Cristal, et qui permet d’offrir à des artisans ou des entrepreneurs intervenant dans le domaine du bijou et des métiers d’Art des locaux conçus spécialement pour leurs activités (sécurité, aménagement…) et dans des conditions de loyer très intéressantes. Les jeunes créateurs d’entreprises peuvent en outre se voir offrir des accompagnement comme la mise à disposition de certains outillages, le suivi de leur installation…

  - L’espace Formation qui tout au long de l’année dispense pour les amateurs et les professionnels des stages de 2 à 3 jours autour de techniques particulières (gestes de base de la bijouterie, découverte de l’émaillage, techniques du sertissage…)

  - L’espace Recherche et Développement qui a pour but de faire avancer le bijou tant au niveau des techniques et des matériaux que dans sa dimension « sciences humaines » et même purement commerciale


Comment le Pôle Bijou a-t-il vu le jour ? Pour quelles raisons ?
Oups là c’est une longue histoire… C’est en 2003 qu’est née l’idée de fonder un Pôle Bijou à Baccarat. Suite à un plan social qui mettait en évidence la trop forte dépendance du territoire par rapport à Baccarat SA, et à l’initiative du Directeur Général de l’époque, il s’agissait de développer un projet qui permettrait de recréer de l’emploi et de redynamiser l’économie locale.
Le bijou étant un secteur porteur pour Baccarat SA, il semblait intéressant de l’explorer. L’objectif était alors de favoriser l’implantation des sous-traitants en capacité de se mettre au service des divers donneurs d’ordre régionaux.

De ce point de départ, et grâce à l’expertise des professionnels de la Préfecture et du CAPEMM (Comité d’Aménagement, de Promotion et d’Expansion de Meurhe et-Moselle) un projet cohérent s’est construit autour de 4 composantes : l'Economie, la Valorisation, la Formation et la Recherche & Développement.

D’emblée c’était un projet ambitieux et « structurant » pour le territoire, c’est pourquoi il est porté par les Collectivités Territoriales.

C’est la labellisation par la Délégation Interministérielle à l’Accompagnement et à la Compétitivité des Territoires (DIACT) en Pôle d’Excellence Rural, intervenue en juillet 2006, qui a rendu le projet viable en apportant une part non négligeable de financements pour acquérir et rénover les locaux où développer les activités.

Depuis septembre 2006, le projet est devenu une réalité qui, à force d’actions (expositions, journées d’études, rencontres et concertations, stages et interventions de formation...), a lentement fait sa place dans le secteur professionnel, mais aussi évolué pour gagner en pertinence et en intérêt.
Ce projet est intégré dans une réflexion d’ensemble sur le territoire qui a visé à mettre en place d’autres aménagements (réfection de rues, construction d’une traversée piétonnière pour relier les deux rives de la ville...) afin d’offrir une cohérence au développement.


Pouvez-vous nous parler des expositions qui ont lieu au Pôle Bijou ?
Nous en sommes à la 11ème… ça commence à faire un beau patrimoine. Il s’agit toujours d’expositions de qualité, de niveau international, et pour lesquelles nous avons un « sujet » que nous essayons de traiter pour aider le public à s’interroger lui aussi… Qu’il s’agisse des matériaux, des techniques, des créateurs… Il faut tenter à chaque fois de montrer des choses différentes, originales, spécifiques… mais le monde du bijou et des créateurs est si vaste qu’il offre des sujets à l’infini !

En ce moment nous avons une exposition autour du thème de la rencontre, elle comporte deux chapitres : une rencontre technique (et 40 années de collaboration amicale entre un bijoutier et un pâte de verrier) et une rencontre culturelle (née en 2005 la marque Ombre Claire regroupe une jeune française et des artisans touaregs –hommes et femmes- qui ensemble élaborent des lignes de collection sur des sujets qu’ils explorent « le lien », « les voyages », « l’amour du désert »… en mêlant leurs cultures si éloignées l’une de l’autre, leur savoir-faire –cuir, travail du métal, textile…)
 

Comment choisissez-vous les thèmes des expositions ?
C’est très variable… il y a les sujets que l’on souhaite aborder car ils sont aussi un moyen de travailler en interne sur certains sujets (par exemple quand en 2007 nous avons créé « A la découverte des écoles du bijou » nous étions en train de monter notre structure de formation et c’était l’occasion de bien comprendre comment les écoles travaillaient, ce qu’elles faisaient et ce qui manquaient pour devenir complémentaires d’elles et non concurrentiel)…

Il y a les sujets que l’on trouve important pour le public (« techniques du métal » ou « les bijoux gemmes » permettaient de donner aux porteurs de bijoux des tas d’information pour être de bons « consommateurs », exigeants, connaisseurs…)

Il y a les sujets en lien avec notre territoire de rattachement : la Lorraine et le territoire de Baccarat ( « techniques textiles » étaient un moyen de rendre hommage aux broderies du Lunévillois et aussi à toute la chaine textile des Vosges, « interroger le matériau » c’était faire la place à toutes les matières et les savoir-faire lorrains qui sont à même de se faire une belle place en bijouterie (le verre et le cristal, le bois et la lutherie et la marqueterie, la céramique, le textile…)

Il y a aussi les rencontres… un travail, un artiste ou un collectif d’artistes qui nous séduit et autour duquel il semble important de construire un projet comme nous l’avons fait en 2012 avec le collectif de bijoutiers costaricains Porque No… En tout cas c’est toujours une création…


Quelle est l’organisation nécessaire pour une exposition (moyens humains, durée,…) ?
Nous commençons le travail environ un an à l’avance… Il faut définir le choix du sujet, puis écrire le projet « scientifique »… pourquoi on fait cette exposition, pourquoi ce sujet et que devons nous dire autour de ce sujet ?… Ensuite définir qui sera invité et pourquoi … contacter les invités, monter le projet avec eux, récupérer tous les éléments nécessaires (textes, photos, listes des pièces proposées...), faire tout le travail administratif (contrats, dossier d’assurance,…), imaginer la scénographie, recevoir les pièces, les vérifier, faire le montage, et en parallèle créer tous les outils d’aide à la visite (cartels, livrets… ) et mettre en place les visites commentées, les ateliers possibles pour les groupes de scolaires… faire la communication…

Bref, c’est beaucoup de travail même si souvent les gens ne s’en rendent pas compte et pensent qu'il suffit d’ouvrir les vitrines et de poser les pièces… C’est plus ou moins compliqué… par exemple pour l’exposition sur le Costa Rica il a fallut de longues heures (jours même) pour débrouiller tous les soucis de douanes… et puis aussi pour arriver à traduire tous les éléments qu’ils nous adressaient… Mais bon c’est aussi passionnant !


Pouvez-vous nous citer quelques artistes qui ont déjà exposé au Pôle Bijou ?
Je me disais justement qu’il faudrait en dresser la liste pour savoir depuis 2006 combien sont passés par chez nous… Nous avons eu quelques stars internationales : Gilles Jonemann  ou Claude Chavent pour les français, Stefano Marchetti (Italie), ou Arline Fisch (USA)… et puis aussi des régionaux mais dont le niveau mérite d’être reconnu comme Jacky Schwartz de Blainville sur l’Eau ou encore Natacha Flandin ou Nathalie Lahaye

Il nous importe aussi dans chacune de nos expositions de faire une place à de tous jeunes créateurs pour lesquels il s’agit de la première exposition de ce niveau… cela permet de les accompagner dans leur carrière.


Pouvez-vous nous parler des stages que vous mettez également en place ?
Nous avons commencé les stages durant l’été 2007 dans des conditions de locaux et de matériel un peu « désuètes »… Aujourd’hui nous avons de magnifiques locaux, parfaitement bien équipés et nous proposons un calendrier d’une petite trentaine de stages sur l’année. Leur durée varie entre 1,5 jour et 3 jours…

Ouverts à tous ils permettent de découvrir les gestes de base de la bijouterie (scier, souder,…) ou de se lancer dans l’émail sur métal par exemple… mais permettent aussi à des professionnels de se doter d’une meilleure maitrise de certains gestes plus « pointus » (faire des fermoirs, sertir,…).

Et puis, outre cela, pour des groupes constitués (enfants ou adultes) nous sommes en mesure de proposer des ateliers d’une demi-journée ou d’1h30 doublés d’une visite commentée de l’exposition. Là, il s’agit plus de découverte… mettre l’eau à la bouche, et peut être faire naitre des passions ou des vocations qui permettront ensuite d’intégrer les cycles de formation plus longs.


Pouvez-vous résumer en trois mots ce que signifie pour vous le Pôle Bijou ?
1.  Métiers d’Art
2.  Rencontres, échanges et découvertes
3.  Développement


Que pouvez-vous d’ores et déjà nous dévoiler sur le Pôle Bijou pour 2013 ?
Avant 2013 il y a d’abord la fin de 2012… l’exposition « Rencontre : entre influence et confluence » est là jusque fin novembre et puis comme l’an dernier tout le mois de décembre le Pôle Bijou Galerie va se transformer en une immense boutique pour le second « Marché de Noël du Bijou de Créateurs ». Nous devrions compter sur la présence d’environ 30 créateurs différents, travaillant des tas de matières (textile, métal, bois…).

Ensuite, une petite pause pour faire le grand ménage avec une fermeture au public les 15 premiers jours de janvier et puis sans doute un travail très axé sur les matières pour la saison 2013, en essayant de faire une large place à celles typiquement Lorraine… Mais les projets n’ayant pas encore tous été validés, je ne peux pas tout vous dévoiler…


Vous êtes devenue depuis peu une Greeters de Meurthe-et-Moselle, en proposant de votre temps aux personnes qui souhaitent découvrir Nancy autrement. Pour quelles raisons vous êtes-vous engagée dans cette démarche ?
Comme je vous l’ai dit, la région Lorraine m’a très agréablement accueillie à mon arrivée il y a 6 ans… du coup j’ai envie de remercier cette région à ma manière, de la transmettre parce qu’elle m’a donnée beaucoup. J’aime les qualités humaines des lorrains, un peu austères mais très généreux… et peu à peu ils m’ont aidé à m’attacher à ce territoire et à avoir envie de le faire découvrir à d’autres pour toutes ces choses magnifiques qu’il recèle et qu’il sait si peu montrer…

J’ai commencé spontanément avec mes amis et ma famille qui venaient en visite pour les vacances… Ils s’imaginaient la Lorraine froide, humide et grise… les images qu’ils avaient étaient celles des hauts fourneaux éteints et des cités ouvrières abandonnées, c’est vrai que cela semblait peu attirant…

Mais, il faut peu de temps pour que les visiteurs découvrent que le territoire mêle culture et nature, générosité et savoir-vivre… et qu’ils aient envie de revenir pour en savoir plus… entre le goût des champignons et du gibier à l’automne, les cueillettes sauvages de noisettes et de sureau, les longues ballades en vélo le long du canal ou de la Meurthe et les randonnées à pied, les petits coins de paradis (Parc Ste Marie, Parc de la cure d’air…) où aller flâner, la multitude de musées et d’expositions, l’offre en concerts, cinéma, conférences… les bonnes adresses pour des diners sympas… et même juste se balader, lever les yeux et découvrir une façade incroyable de l’époque Art Nouveau, passer au pied de la basilique de St Nicolas de Port et admirer ses flèches et ses cigognes, ou croiser un chevreuil en lisière de forêt ça me rend tellement bienheureuse que j’ai envie de l’offrir, c’est comme le sentiment d’être privilégiée de vivre là…

 

Coordonnées :

 

PÔLE BIJOU

13 rue du Port
54120 BACCARAT
03 83 76 06 99
info@polebijou.com
www.polebijou.com
www.ccvc54.fr/pole-bijou-galerie